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"La réussite d'un oeuvre dépend de l'état intérieur
(supposant l'équilibre au plus haut degré de tension
vers la sagesse) de celui qui la crée".
André Breton

"Comme", dit-elle en souriant," j'ai le malheur d'exprimer quelque chose quand je peins, jusqu'ici les directeurs de galeries s'étaient montrés gênés et injuriés." Il est bien vrai que nous sommes là en 1957 où l'on ne se risque plus, en art, aucune critique de fond et où le public est invité aux seuls plaisirs de l'œil, plaisirs d'ailleurs plutôt relatifs puisque fondés sur l'accoutumance à des "structures" aux variations desquelles la publicité payante et la mode attachée à son service imposent des limites strictes.
On nous tourne sans fin les photos d'un album de tissus qui se refusent à tout usage. Prétendre que l'étude comparative de ces tissus peut offrir un intérêt histologique est, bien entendu, simple imposture pour l'excellente raison que l'exécutant- n'allons pas dire l'artiste- a perdu de vue le poste de commande qui les désignait à tel poste d'échanges organiques.
Il n'est, dans ces conditions, pire impudence que de se réclamer de maîtres tels que Duchamp ou Kandinsky dont l'œuvre cèle ou décèle un brillant intérieur, qui s'entoure chez l'un de tout un réseau de sous-entendus et exige chez l'autre la plus grande marge de transposition. S'il ne s'agit plus de s'intéresser, de façon épidermique, qu'aux modulations du "langage" pictural dans l'oubli des réponses que, comme tout langage, il est d'abord fait pour apporter à certaines de nos interrogations d'ordre vital, force nous est, paraphrasant le titre du si lucide et salubre ouvrage de Jean-François Revel et faisant nôtre l'esprit de sa critique, de nous demander: Pourquoi des peintres ?

Illustration du texte d'André Breton: La mer couleur d'absinthe

On ne peut plus à contre courant, Yahne Le Toumelin hisse sa propre voile au coeur de ces interrogations même. Aux exercices calligraphiques actuellement en vogue, qui se leurrent que l'espoir que le signe puisse préexister à la chose signifiée, elle oppose l'emploi d'un vocabulaire et d'une syntaxe rodés aux très particulières disciplines qu'elle fait siennes. Il est clair que chez elle une entreprise d'éguisement de ses propres facultés et pouvoirs déjà acquis se poursuit à travers l'aventure de chaque tableau.
On ne saurait offrir ici que le rudiment de ce langage:

Paysages habités:

Toute importance doit s'attacher aux fils, par lesquels se captent les énergies, de préférence subtile, des autres (leurs "élévations d'âme", prières, enthousiasmes, etc.). Ceux qui captent sont des pêcheurs vers le haut ou vers le bas. Les fils peuvent être tendus d'un point à un autre, servir à des acrobates ou à des oiseaux, ou encore pendre une cloche (hommes-cloches), d'un ballon, d'un parachute. Le pas est donné aux êtres "transformateurs" d'électricité. - Du fait que les éléments tendent à s'organiser dans l'ordre purement émotif , la plus grande liberté est prise à l'égard des lois régissant en général la composition, les perspectives (pour conjurer le chaos elles font ici office d'entonnoir), les éclairages (délibérément "nordiques", incendiant portes et fenêtres, entretenus par 7 ou 9 foyers en mouvement). En ce qui concerne l'origine de la "voie" qui se creuse ici, à chacun de "se débrouiller" , à la lanterne sourde ou à la lampe-tempête, pour na pas trébucher dans ce beau brouillard luciférien.

Paysages déserts:

Produit (comme de résidu) d'une machine pneumatique intérieure destinée à obtenir, par delà l'"absence de soi", la transparence qui donne accès aux mondes non manifestés et instaure le hasard objectif. A lui seul le thème fréquent de l'inondation suffirait à faire évoquer le "raz de marée" qui constitue un des aspects du zen: "tout est vide, le fouet, la corde, l'homme et la vache".
On ne saurait trop y insister ( à l'intention de ceux qui passent vite) : une telle peinture exclut par définition tout élément onirique ou obsessionnel. Elle répond à la nécessité d'exprimer certaines choses et ne supporte qu'une certaine manière de les traduire.
En raison de cette nécessité et de cette exigence spécifiques, les critères esthétiques ne sauraient à eux seuls déterminer le jugement à son égard. Yahne Le Toumelin s'en voudrait, en effet, de nous dérober aucune des étapes de son expérience, même en ce qu'elle peut avoir, comme toute expérience humaine , de précaire. Le plus grand gré que l'on puisse lui savoir est de nous réintroduire en plein centre de cette vérité essentielle: la réussite d'une oeuvre dépend de l'état intérieur (supposant l'équilibre au plus haut degré de tension vers la sagesse) de celui qui la crée.

André Breton 1957

 

 

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